Histoire du Tosogu

L’histoire des tosogu et leurs principales écoles

Le terme tosogu (⼑装具) regroupe l’ensemble des garnitures métalliques du sabre : tsuba (garde), fuchi-kashira (collier et pommeau du manche), menuki (ornements sous la poignée), kozuka et kogai (manches d’utilitaires logés dans le fourreau), kojiri…

 

Des origines fonctionnelles à l’art décoratif

Durant les époques Heian et Kamakura, les garnitures de tachi (sabres portés suspendus) restent essentiellement fonctionnelles, en fer simple ou en métaux précieux pour les montures de cérémonie de la noblesse. C’est à partir de l’époque Muromachi, avec la généralisation du katana porté à la ceinture, que le tsuba commence à devenir un véritable support d’expression artistique, tandis que la paix relative de l’époque Edo transforme définitivement le tosogu en objet de prestige et de collection.

 

La distinction entre Iebori et Machibori

L’histoire des écoles de tosogu s’organise autour d’une distinction fondamentale : les écoles officielles (iebori, littéralement « gravure de maison »), au service direct du Shogunat ou des grands Daimyo, et les graveurs de ville (machibori), travaillant pour une clientèle plus large de samouraïs et de marchands, souvent avec plus de liberté stylistique.

 

L’école Goto : l’orthodoxie officielle

Fondée par Goto Yujo au XVe siècle sous le patronage des shoguns Ashikaga, l’école Goto devient la référence officielle des Tokugawa pendant toute l’époque Edo, sur dix-sept générations. Elle se distingue par l’usage du shakudo (alliage cuivre-or) au fond grenu nanako d’une régularité extrême, des motifs classiques d’inspiration chinoise (lions de Foo, dragons, phénix), et la technique du katakiribori (gravure en biseau asymétrique imitant le coup de pinceau). Sa rigueur quasi industrielle en fait un gage de qualité, mais aussi un style parfois jugé conventionnel par rapport aux écoles plus expressives.

 

L’école Yokoya et la révolution du katakiribori

Yokoya Somin, au tournant du XVIIIe siècle, rompt avec la rigidité Goto en développant le katakiribori vers des compositions naturalistes et picturales, inspirées de la peinture Kano et Tosa — paysages, scènes de la vie quotidienne, figures bouddhistes. Cette école machibori ouvre la voie à une explosion de créativité.

 

L’école Nara et ses « Trois Maîtres »

Issue indirectement de la lignée Yokoya, l’école Nara (Nara Toryu) est portée par trois figures majeures du XVIIIe siècle — Nara Toshinaga, Sugiura Joi et surtout Yasuchika et Tsuneshige — réputées pour un travail
sculptural en haut-relief d’une grande puissance dramatique, souvent inspiré du folklore et de la mythologie.

 

Les écoles régionales

Plusieurs écoles provinciales développent des identités très marquées :

L’école Owari, berceau des célèbres tsuba en fer signées Nobuie, privilégie un fer travaillé à la texture rustique et puissante, prisé pour son authenticité martiale.

L’école Mito, liée à la branche Mito du clan Tokugawa, produit des pièces en haut-relief spectaculaires, souvent en shakudo doré, sur des thèmes naturalistes (oiseaux, fleurs, insectes) traités avec un réalisme saisissant — Hagiya Katsuhira en est une figure tardive renommée.

L’école Higo, étroitement liée à l’esthétique de la cérémonie du thé sous l’influence du seigneur Hosokawa, privilégie une sobriété extrême et un fer épuré ; les sous-écoles Hayashi, Nishigaki, Shimizu et Hirata (cette dernière spécialisée dans l’émail cloisonné, shippo) y sont rattachées.

L’école Shoami, extrêmement disséminée à travers tout le Japon avec de très nombreuses branches locales, constitue un fourre-tout stylistique difficile à cerner mais représentant une part considérable de la production de tsuba de l’époque Edo.

L’école Umetada, fondée par Umetada Myoju à Kyoto puis Hizen, est particulièrement connue pour la technique du nunome-zogan (incrustation d’or ou d’argent sur fer martelé en croisillons).

L’école Soten, originaire de la province de Hizen et fondée par Nishigaki Kanshiro Soten, se distingue par un style très reconnaissable : des tsuba en fer sombre richement décorées d’incrustations en laiton (shinchu) en haut-relief, représentant généralement des paysages animés, ou des scènes de bataille.

L’apport de l’authentification moderne

Aujourd’hui, c’est principalement la NBTHK (Nihon Bijutsu Token Hozon Kyokai) qui authentifie les tosogu via ses kanteisho, en s’appuyant sur l’analyse du style, des matériaux, des signatures (mei) et de leur cohérence avec le corpus connu de chaque école — un travail d’autant plus complexe que de nombreuses pièces sont restées non signées (mumei) et attribuées par déduction stylistique.